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Accueil Publications Interviews 3 questions à... Michel BAR-ZOHAR

Michel BAR-ZOHAR ,

Universitaire et homme politique.

http://www.barzohar.com/   

M. BAR-ZOHAR est né en 1938 en Bulgarie. Il a émigré en Israël en 1948. Il a poursuivi des études supérieures, notamment à l'Université hébraïque de Jérusalem et à Science-Po Paris. Il est Docteur en Sciences politiques. Il a enseigné dans plusieurs universités dont celles de Haïfa et d’Emory d’Atlanta. Député à la Knesset (1990), il a également été l’ancien chef du service de presse du général Moshe Dayan au ministère israélien de la Défense. Parmi de nombreux ouvrages qui lui ont valu de nombreux Prix, il est l’auteur de : Arrachés aux griffes d’Hitler – 50.000 juifs bulgares sauvés de l’Holocauste*. http://www.alliancefb.org/fr/publications/a-livres-ouverts/75-arraches-aux-griffes-de-hitler.html

 

1) Votre livre rend enfin justice à la Bulgarie pour son action unique en Europe pendant la Seconde Guerre Mondiale, le sauvetage de sa population juive. Comment expliquez-vous ce comportement ?

La Bulgarie a toujours été un pays marqué par une tolérance impressionnante et par des principes humains très profondément ancrés dans les esprits. L’antisémitisme était quasi inexistant, et le peu qui pouvait exister était importé de l’extérieur. La nation Bulgare a vécu cinq siècles sous le joug Ottoman et, à cette époque, face aux ottomans, tous les gens étaient égaux, qu’ils soient Bulgares, Grecs, Gitans, Juifs, Arméniens… Les Bulgares ne faisaient pas de différences entre eux. Ils faisaient aussi confiance à leur constitution qui interdisait l’extradition des ressortissants bulgares. En fait, il existait chez les gens une profonde humanité. J’ai grandi en Bulgarie dans une société dont la mixité était la chose la plus naturelle au monde. J’avais un oncle Moïse et un « oncle Ivan ». Le meilleur ami de mon père, Vlado, était un Bulgare chrétien. La meilleure amie de ma mère, Svetla, était une Bulgare chrétienne. Et quand ces Bulgares ont vu soudain que l’on essayait de stigmatiser puis de déporter leurs voisins et amis juifs, ils s’y sont courageusement opposés, résolus à ne pas permettre un tel crime.

 

2) Pourquoi, selon vous, cette attitude est-elle si peu mentionnée dans les livres d’histoire ?

 

Après la seconde Guerre Mondiale, les nouvelles autorités bulgares ont elles-mêmes escamoté l’histoire. Pour une simple raison : les Juifs Bulgares avaient été sauvés par trois acteurs essentiels : L’Eglise, la majorité  pro-fasciste au parlement et le Roi Boris III. Or, comme la Bulgarie était devenue communiste, ses principaux opposants étaient bien sûr l’Eglise, les fascistes  et la monarchie. Les communistes ont ensuite essayé de répandre une théorie boiteuse selon laquelle c’était eux qui avaient sauvé les Juifs ; mais cela n’a pas marché.

De plus, les Bulgares n’avaient pas beaucoup la cote en Occident. Ils étaient communistes et ils étaient loin. Il était beaucoup plus facile d’admirer un petit pays occidental comme le Danemark qui avait sauvé 7.000 Juifs que d’admirer un pays lointain, devenu communiste, mais qui avait sauvé 50.000 Juifs.

 

3) Vous avez quitté la Bulgarie à l’âge de 10 ans. Quels souvenirs marquants avez-vous gardé de votre pays natal ? 

J’ai grandi en Bulgarie, tout d’abord à Sofia et, plus tard – pendant la guerre – dans un petit village, Gorsko Slivovo, où nous étions exilés de Sofia. Mon père était le médecin du village. Ce furent les plus belles années de mon enfance, j’avais beaucoup d’amis, je vivais dans la nature, les paysans bulgares étaient des gens chaleureux et honnêtes. Quand le pope orthodoxe du village apprit que j’avais commencé à lire à l’âge de 4 ans, il est allé dans la ville voisine et m’a acheté les 4 tomes des contes des frères Grimm ! Pouvez-vous vous imaginer : en pleine guerre, un Prêtre chrétien, paye de sa poche un cadeau pour un enfant juif qui portait l’étoile jaune ! Pour lui j’étais un enfant bulgare comme les autres, et il ne tenait pas compte de ma religion.

  

(Propos recueillis par François Frison-Roche)

 

* L'ouvrage a été publié aux Etats-Unis (http://www.amazon.fr/exec/obidos/ASIN/1580620604/bulgariefranc-21) en 1998. La traduction française aux éditions Bul-Koreny de Sofia date de 2006.