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Accueil Publications Interviews 3 questions à... Hristo HRISTOV

Hristo HRISTOV,

Journaliste d’investigation, H. Hristov a publié ces dernières années de nombreux ouvrages de référence sur la période communiste, dont : Les faillites secrètes du communisme, Ciela, 2007, L’empire des firmes à l’étranger, Ciela 2009, Todor Jivkov - biographie, Ciela 2009. Créateur d’un site consacré à aux problèmes de l’héritage de la Sécurité d’Etat et du communisme en Bulgarie : http://desebg.com/

 

 

Distingué à de nombreuses reprises, il a notamment reçu, en 2005, le Prix de la meilleure enquête d’investigation de l’Union des éditeurs bulgares et la « Clé d’Or » de la Fondation « Access to information Programme » puis, en 2006, le prix de la Fondation suisse G. Vassilev pour son livre Tuez le fugitif, Ciela, 2005, (enquête sur l’assassinat à Londres en 1978 par la Sécurité d’Etat (DS) de l’écrivain dissident Gueorgui Markov)

Site personnel : http://hristo-hristov.com/content/view/35/40/lang,english/  

 

1) Qu’est-ce qui vous a incité à entreprendre vos recherches dans les archives de l’ex-Sécurité d’Etat et rencontrez-vous des difficultés lors de vos investigations dans ce genre d’archives ?  

 

Au début des années 1990, j’ai travaillé comme annaliste judiciaire et j’ai rendu compte, à ce titre, des crimes commis par le régime communiste dans les camps d’internement, de l’assassinat de Gueorgui Markov à Londres, de la faillite de la Bulgarie sous la gouvernance du Parti communiste bulgare ou des abus de Todor Jivkov. Lors de l’examen des documents d’archives, j’ai constaté qu’il y avait de nombreux faits qui étaient absents des recherches des historiens et, à plus forte raison, totalement inconnus du grand public. L’objectif de mes investigations est de révéler au grand jour ces faits de notre passé communiste afin d’éviter les falsifications de cette période de notre histoire. Les difficultés d’une telle entreprise sont considérables. Il y a quelques années seulement, les archives de l’ancienne Sécurité d’Etat étaient fermées. Je ne suis pas resté les bras croisés pour autant. J’ai mené de véritables batailles judiciaires pour pouvoir y accéder. C’est ainsi que, lors mes recherches au sujet de l’assassinat de Gueorgui Markov, j’ai réussi à faire condamner, par la Cour suprême administrative, l’ancien Ministre de l’Intérieur, Gueorgui Petkanov, et le Directeur des Services nationaux de renseignements, le général Kirtcho Kirov, pour leur refus de m’accorder un accès aux archives. La divulgation de faits « déplaisants » datant de l’époque du régime communiste suscite toujours de vives réactions. J’ai été menacé à de nombreuses reprises, mon appartement a été cambriolé à trois reprises, mais cela fait partie des risques du métier. 

 

2) Comment les lecteurs bulgares accueillent-ils vos livres ?

 

De toute évidence, mes livres retiennent l’attention des lecteurs. Leur parution suscite aussi l’intérêt des médias. Certains ouvrages ont même été réédités. Cela signifie qu’une partie de la société bulgare s’intéresse vraiment à ces sujets. Malheureusement, tout le monde ne peut pas s’offrir des livres en ce moment en Bulgarie. C’est la raison pour laquelle j’ai créé un site Internet consacré aux dossiers de la Sécurité d’Etat (DS) et à notre passé communiste. Mon intention est de procurer un accès libre et facile concernant mes investigations à tous ceux qui s’y intéressent. L’intérêt pour le site (http://desebg.com/) confirme la pertinence de mon initiative.

 

3) Quel est l’objet de votre prochaine recherche et pourquoi ?

Depuis 2007, les archives de l’ex-Sécurité d’Etat sont ouvertes. J’ai un grand intérêt pour les documents qu’elles contiennent, d’autant plus que beaucoup n’ont pas été étudiés. Ces archives renferment une grande partie de la véritable histoire récente du pays. La société, et plus particulièrement les jeunes générations, doivent prendre connaissance des répressions subies par la population bulgare durant les 45 ans de gouvernance du Parti communiste en se basant sur des sources véridiques. Actuellement, les archives sont en libre consultation et assurée par une commission spéciale, la « Commission des dossiers ». Je travaille dans les archives presque quotidiennement sur différents sujets. En ce moment, je lis et je publie sur mon site des dossiers d’ambassadeurs bulgares en exercice dont la Commission des dossiers a révélé, en décembre 2010, la collaboration avec la Sécurité d’Etat. Ce scandale a eu un retentissement international, car le visage de la Bulgarie contemporaine est toujours incarné par des agents de l’ex-Sécurité d’Etat. Récemment, la Commission a publié un DVD exceptionnel contenant les documents les plus importants concernant la structure et le fonctionnement de la Sécurité d’Etat, son réseau d’agents et son bilan opérationnel pour la période entre septembre 1944 et novembre 1989.    

  

(Propos recueillis par François Frison-Roche)