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Accueil Publications Interviews 3 questions à... Miroslava RADEVA

Miroslava RADEVA,

Sociologue, directrice de l’Institut de sondage MBMD.

M. Radeva est une ancienne auditrice du CEVIPOF (Science-Po – Paris). Chercheur en science sociale, Professeur à l’Université « Païsi Hilendarski » de Plovdiv. Parmi de nombreuses publications sur la vie politique bulgare, elle a publié, en français, « La transition vers la démocratie et les attitudes politiques des jeunes en Bulgarie », dans Raymond Hudon et Bernard Fournier (Dir.) Jeunesses et politique –2– Mouvements et engagements depuis les années 30, Presses de l’Université Laval, L’Harmattan, 1994, pp. 337-364.

 

 

 

1) En ce début d’année 2011, quel est l’état d’esprit des Bulgares ?

 

En ce début d’année 2011, on peut constater que la crise économique touche tous les secteurs d’activité et on peut discerner un mécontentement croissant dans des catégories très différentes. Les médecins, les professeurs, les étudiants, les chercheurs de l’Académie des Sciences ont d’ailleurs entamés des grèves. Le pourcentage des gens sans travail augmente de même que ce que l’on appelle « le secteur gris » de l’économie. L’un des problèmes les plus importants aujourd’hui concerne l’endettement intérieur des entreprises. Les derniers sondages montrent que la popularité des différentes institutions, du gouvernement et même celle du Premier ministre sont en baisse. Sur la seule année 2010, le Premier ministre, qui est incontestablement la « vedette » du gouvernement actuel, a perdu 19 % de sa popularité. Il est passé de 63 % en décembre 2009 en 44 % en décembre 2010. D’après les indications recueillies, il n’y a que 13 % des personnes interrogées qui sont optimistes quant à l’évolution de la situation dans le pays pour les mois qui viennent et une majorité de 41 % pensent que la situation va empirer. L’estimation positive du public quant aux capacités du gouvernement actuel par rapport au précédent de S. Stanishev a baissé de 51 % à 32 %.

Depuis septembre dernier, une série de scandales publics a encore aggravé la situation politique et sociale. Le dernier en date touche directement le Premier ministre, B. Borisov. Il s’agit des conversations téléphoniques dans lesquelles le Premier ministre demande au Chef des douanes de retirer ses inspecteurs d’une entreprise produisant de la bière.    

 

2) 2011 sera une année électorale en Bulgarie. Les enjeux sont importants puisqu’il s’agit des élections présidentielles et locales. Quelles sont les principales tendances dans les sondages ?

 

Ce début d’année 2011 semble être un moment critique pour l’actuel gouvernement. Il est difficile d’envisager des résultats dans la mesure où les candidats aux élections présidentielles ne sont pas encore connus. Les sondages continuent d’indiquer une forte domination du parti au pouvoir, le GERB*. En réponse à une question ouverte sur les candidats potentiels, les premiers noms qui surgissent chez les personnes interrogées sont les « figures » du parti au pouvoir comme Kristalina Gueorgieva**, Boiko Borisov ou le ministre de l’Intérieur, Tzvetan Tzvetanov. Les sondages indiquent par ailleurs que 29 % des personnes interrogées sont prêtes à voter pour le candidat du GERB quel que soit le candidat. La position du parti qui arrive en deuxième position est beaucoup plus faible. Il s’agit du parti socialiste (BSP) qui n’obtient que 9 % seulement.

Un sondage express effectué après le dernier scandale politique de janvier 2011 a montré que l’opinion publique se divise en deux groupes relativement égaux. 43 à 44 % des personnes soutiennent le Premier ministre tandis que 40 à 44 % ne le soutiennent pas.

La question sans réponse à ce jour concerne la position qu’adoptera le DPS*** lors des élections présidentielles. Aux précédentes élections, le vote de l’électorat très discipliné de ce parti à toujours joué un rôle décisif. Bien qu’ancien « allié » du parti socialiste (BSP) au cours de la précédente législature, sa position actuelle n’est pas claire. Poursuivra t-il dans son soutien aux socialistes ou bien choisira t-il une autre voie ?

 

3) L’actuel président de la République, G. Parvanov, vient de créer un « mouvement civique » appelé ABV (Alternative pour la renaissance bulgare)****. Qu’indiquent les sondages sur ce nouveau venu sur la scène politique bulgare ?

 

Pour le moment, on ne distingue aucune capacité d’action sérieuse. Le soutien à ce mouvement touche à peine 2-3 % et on peut noter que la popularité du président Parvanov est également en baisse avec 32 % des personnes interrogées qui lui font confiance et 60 % qui ne lui font pas confiance. Il est désormais moins populaire qu’une bonne partie des principales « figures » du GERB, B. Borisov bien sûr, mais aussi K. Gueorgieva et T. Tzvetanov, et même le ministre du Développement Régional, R. Plevneliev.

 

(Propos recueillis par François Frison-Roche)

 

* GERB : Citoyens pour le Développement Européen de la Bulgarie, mouvement créé par l’actuel Premier ministre, B. Borisov.

 

** Kristalina Gueorgieva : Actuelle Commissaire européenne à la Coopération internationale et à l’aide humanitaire, ancienne vice-présidente de la Banque Mondiale. Voir : http://ec.europa.eu/commission_2010-2014/georgieva/index_en.htm

***  DPS : Mouvement pour les droits et les libertés, dirigé depuis 20 ans par son « leader » Ahmed Dogan. Il représente les bulgares d’origine turque et/ou musulmane de Bulgarie soit environ 5 à 8 % de l’électorat.

 

**** ABV : On peut noter que cet acronyme fait référence aux trois premières lettres de l’alphabet cyrillique.