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Antony TODOROV,

Politologue (PhD), Professeur de science politique à la Nouvelle université bulgare de Sofia (NUB).

 

Il vient notamment de publier en français : Où en est la Droite ? La Bulgarie, Fondation pour l’innovation politique, décembre 2010, 28p. (L’étude est accessible sur : http://www.fondapol.org/les-travaux/toutes-les-publications/publication/titre/ou-en-est-la-droite-la-bulgarie.html )

1) Qu’appelle t’on « la droite », en 2011, en Bulgarie ?

 

La question est pertinente car la droite de 2011 semble très différente de la droite de 1990. Aujourd’hui il n’est plus possible de parler d’une seule droite et de l’identifier simplement à l’anticommunisme. Ce dernier support ne suffit plus, pour ne pas dire qu’il n’est plus au centre des préoccupations politiques du pays. Cette question a surtout touché une droite, issue de l’opposition anticommuniste des années 1990, qui a dû se battre pour être reconnue comme une « droite authentique », une droite restée fidèle au programme de la transition démocratique postcommunisme. Elle est maintenant représentée par deux partis regroupés au sein de la « Coalition bleue » - l’Union des forces démocratiques (SDS) et les Démocrates pour une Bulgarie forte (DSB).

Désormais, la Bulgarie est membre de l’UE et de l’OTAN et l’on peut donc dire que la transition politique est terminée. Et, logiquement, depuis 2001 au moins, d’autres offres politiques de droite ont vu le jour. La première fut celle de l’ex-roi Siméon II avec son mouvement libéral (NDSV) qui n’a pas été reconnu par le Parti populaire européen (PPE), mais par les Libéraux. La seconde en 2007, fut la création du GERB (Citoyens pour un développement européen de la Bulgarie), vite reconnu par le PPE mais qui, pourtant, affiche un profil populiste. Ne parlons pas de l’apparition d’une extrême droite populiste en 2005 avec la fondation du mouvement « Ataka », ni de la constitution d’un parti au profil conservateur et populiste comme le RZS (Ordre, Droit et Justice). Il y a donc aujourd’hui sur le terrain de la droite cinq partis parlementaires, sans compter quelques autres qui restent en dehors du parlement. Cela ne facilite guère l’identification de la droite bulgare contemporaine.

 

2) Que représente-t-elle aujourd’hui sur le plan électorale ?

 

Il est difficile d’évaluer la droite en général, parce qu’il s’agit d’étiquettes partisanes qui ne sont pas toujours d’accord entre elles et qui ne soutiennent pas nécessairement les mêmes candidats. Au cours de la transition postcommuniste, les partis de droite ont pu mobiliser entre 1,7 et 2,7 millions d’électeurs, ce qui représentait entre 25 et 43 % des inscrits. Si l’on se focalise sur les résultats des élections parlementaires de 2009, la droite représente plus de 63% des exprimés. On constate bien un potentiel important, surtout que dans les sondages une importante partie des électeurs se situent clairement « à droite », positionnement qui semblait être au cours de ces vingt dernières années plus « prestigieux » qu’une auto-identification « à gauche » toujours soupçonnée d’allégeance au communisme.

Les rapports de force entre les partis de la droite sont maintenant très particuliers. Actuellement, le poids électoral majeur revient au GERB (63 % de toute la droite) alors qu’en 2001 c’était le NDSV qui disposait de ce poids (66 % de toute la droite). La « Coalition bleue », tout en réclamant d’être considérée comme la « droite authentique », subit un déclin électoral très net. Depuis 2001, le nombre des électeurs « bleus » a été divisé par trois. Certains observateurs s’interrogent aujourd’hui pour savoir si la « Coalition bleue » sera en mesure de dépasser le seuil électoral de 4 % aux futures élections législatives de 2013. L’une des explications de ce déclin est que les dirigeants de la droite démocratique (SDS et DSB) restent dans le paradigme du néolibéralisme économique qui ne trouve pas un large auditoire dans un pays comme la Bulgarie. La question est de savoir si la droite en Bulgarie sera majoritairement démocratique et .libérale ou plutôt populiste ?

 

3) L’année 2011 sera une année électorale importante en Bulgarie avec des élections présidentielles et locales à l’automne. Doit-on s’attendre à une victoire de la droite ?

 

Il est encore très difficile de répondre à une telle question. D’autant plus que, selon plusieurs sondages d’opinion récents, les élections locales sont considérées par les électeurs comme plus importantes que l’élection présidentielle.

Les élections locales de 2007 furent très ambigües. Le GERB n’a pas fait le score attendu et la carte électorale finale fut très diversifiée. Le parti gagna plusieurs grandes villes, mais obtint moins de maires élus que son adversaire socialiste. De plus, ces élections furent marquées par des pratiques de « vote dirigé », ce qui freina plutôt son implantation politique. Quant à la « Coalition bleue », 2007 marqua un déclin électoral considérable même si elle conserva le contrôle de quatre grandes villes (sur 29 au total). A l’heure actuelle, des mobilisations diverses dans plusieurs municipalités laissent à penser que des cercles d’affaires locaux se préparent à jouer un rôle, souvent en dehors et contre les partis établis. Dans cette situation il est difficile de dire comment vont se dessiner les rapports de force entre la droite et la gauche. Ni le GERB, ni la « Coalition bleue » ne semblent être dans une position meilleure qu’en 2007, ce qui ne laisse pas présager un raz-de-marée de la droite aux élections locales.

En ce qui concerne l’élection présidentielle, la situation semble encore plus compliquée. Pour le moment il n’y a que deux candidatures annoncées : celle de Volen Siderov, le leader d’Ataka, et celle d’Alexey Petrov, un ancien des « services », inculpé d’être le chef d’un réseau mafieux, qui semble avoir été proche de l’actuel Premier ministre, Boyko Borisov, mais qui est actuellement son adversaire le plus acharné. Ni le GERB, ni la « Coalition bleue » (ni les socialistes, d’ailleurs) n’ont encore désigné leur candidat. Cela crée une situation d’attente généralisée. La question principale qui se pose est de savoir si le leader du GERB et actuel Premier ministre, Boyko Borisov, se présentera ou non ? Sa cote de popularité reste encore assez élevée même si, récemment, il a subi une baisse de confiance, comme le gouvernement d’ailleurs. Plusieurs questions restent encore sans réponses : Les « Bleus » le soutiendront-ils ou non ? Quel sera le comportement du Mouvement des droits et des libertés (DPS, le parti des bulgares d’origine turque) ? Quel candidat soutiendra le Parti socialiste ? Il existe donc encore beaucoup trop d’incertitudes pour l’élection présidentielle.

En 2011, la droite va donc faire face à une échéance importante : Sera-t-elle capable de s’unir - cela semble très problématique surtout après les récentes critiques des « Bleus » à l’égard du gouvernement du GERB - ou continuera t’elle à se disperser et à s’affaiblir ?

 

(Propos recueillis par François Frison-Roche)