French (Fr)Български (България)
Accueil

 

 

 

 

Ce mois-ci, dans sa traditionnelle rubrique 3 questions à...

l'Alliance est allée à la rencontre d'Irina BOKOVA,

Directrice Générale de l'UNESCO

 

  

1) Depuis le 15 novembre 2009, vous occupez les fonctions la Directrice Générale de l'Unesco. Si vous deviez n'en retenir que quatre, quelles seraient, selon vous, les actions symboliques fortes que vous avez menées depuis que vous êtes à la tête de cette prestigieuse institution ?

 

Toutes mes actions répondent à un objectif global : accélérer la réforme de l’UNESCO, en améliorant la visibilité et le positionnement de l’organisation sur plusieurs domaines d’interventions stratégiques.

Je citerais en premier mon action pour l’éducation, car nous devons mobiliser davantage et accélérer les efforts pour atteindre les objectifs de l’Education pour tous. Comme exemple d’action emblématique, nous avons lancé en 2011 le partenariat mondial pour l’éducation des filles et des femmes, qui a donné des premiers résultats très prometteurs. Le lancement cette année par le Secrétaire général des Nations Unies de l’initiative « L’Education avant tout » confirme cette reconnaissance du rôle de l’éducation au plus haut niveau politique et c’est un motif de satisfaction pour l’UNESCO.

Deuxièmement, j’ai voulu mieux faire reconnaître le rôle de la culture pour le développement durable. Nous avons obtenu plusieurs résolutions sur ce point à l’Assemblée générale des Nations Unies, qui sont des outils politique important pour montrer que la culture est un puissant moteur de transformation concrète des sociétés. L’un des symboles de cette vision est le lancement par l’UNESCO l’année dernière du projet « la culture : un pont pour le développement », au sommet des Chefs d’Etats de l’Europe du Sud Est. Elle témoigne d’une volonté forte au niveau de la région d’utiliser la culture comme accélérateur de réconciliation et de coopération. La culture est un immense potentiel pour cette région, et nous allons soutenir la circulation des artistes, des architectes, des urbanistes, des créateurs à travers toute la région comme facteurs de paix et de développement urbain durable. Nous organisons par exemple des festivals culturels sur des ponts, qui sont par excellence des lieux de rencontre : le premier sur le pont d’Edirne, en Turquie, au mois de novembre.

Troisièmement, j’ai voulu mieux intégrer l’UNESCO dans les situations d’urgence. Nous avons été parmi les premiers à intervenir en Haïti après le terrible séisme, en hébergeant par exemple le Ministère de l’Education et nous sommes très investis, d’autant plus après le passage du cyclone Sandy. La science peut nous aider à mieux prévenir les catastrophes : l’an dernier, la mise en fonction opérationnelle du système d’alerte précoce contre les Tsunamis dans tout l’Océan Indien, après plusieurs années de travail, a été un événement très fort. L’UNESCO s’est engagé très fortement dans les situations de conflits ou d’instabilité politique, pour protéger le patrimoine menacé en Libye, en Syrie, au Mali. Durant tout le printemps arabe, l’UNESCO s’est immédiatement porté sur le terrain pour accompagner la formation des journalistes et mobiliser la culture comme moteur de reconstruction et de réconciliation. Nous avons par exemple célébré en 2011 la journée mondiale de la liberté de la presse pour la toute première fois à Tunis et c’était là aussi un événement très fort. Il faut encore accélérer le dialogue, renforcer la coopération entre tous les pays qui ont l’expérience des transitions, à l’image du travail de la plateforme de Sofia.

Si je devais retenir une quatrième action importante, ce serait d’avoir rapproché l’UNESCO du centre de gravité des Nations Unies, en construisant de nouveaux partenariats avec les autres agences. Coup sur coup, l’UNESCO s’est vu confier plusieurs responsabilités importantes, dans le pilotage de l’initiative « l’Education avant tout », pour le « Conseil consultatif scientifique » auprès de Ban Ki-moon, et dans le « Pacte mondial des Océans » et bien d’autres. Il faut continuer.

 2) Beaucoup d'observateurs, parmi la presse notamment, affirment que vous êtes aujourd'hui la personnalité bulgare la plus connue dans le monde : quel sentiment vous inspire ce commentaire ?

C’est me faire beaucoup d’honneur. Il y a tellement de personnalités originaires de Bulgarie qui sont internationalement connues : Sylvie Vartan, Tzvetan Todorov, Julia Kristeva... Je me sens très humble et je repense aux propos tenus dernièrement par M. Ban Ki-Moon, à qui l’on a souvent dit qu’il était le coréen le plus célèbre au monde, et qui a répondu qu’il devait désormais s’incliner devant le chanteur Psy, dont le tube « Gangnam Style » est un succès planétaire. Ces choses-là changent vite, l’important est de faire son travail du mieux possible.

 

3) Quelles priorités avez-vous définies pour ce second semestre 2012 ?

A partir du second semestre 2012 et durant toute l’année 2013, l’UNESCO se penche sur sa nouvelle stratégie à moyen terme, pour les 8 prochaines années. C’est une étape décisive et je souhaite moderniser en profondeur l’orientation stratégique de l’Organisation, qui doit être mieux adaptée aux demandes du 21ème siècle. Par son expérience et son expertise, l’UNESCO est idéalement placée pour apporter des réponses aux enjeux du dialogue des civilisations, de la formation des individus par l’éducation de qualité, la recherche scientifique pour le développement durable. De plus en plus de responsables politiques prennent conscience que le développement, pour être durable, doit s’ancrer dans la vie des sociétés. Si l’UNESCO n’avait pas été inventé au lendemain de la guerre, je suis convaincue qu’elle le serait aujourd’hui. Notre message est pertinent, mais il faut moderniser nos outils, qu’il soit plus réactif, capable de s’adapter à chaque situation, et c’est ma priorité chaque jour.

 

 (propos recueillis par Franck Leducq)